Le sélénium (Se) possède une puissante activité antioxydante. À ce titre, cet oligo-élément joue un rôle majeur dans la santé animale : protection immunitaire, résistance aux infections, prévention de certaines pathologies neuromusculaires et maintien de la fertilité.
Le sélénium intervient dans une trentaine de protéines majeures de l’organisme. Une situation de carence peut donc entraîner des effets importants sur la santé de l’animal et dans des délais relativement courts.
Cependant, l’évaluation du statut en sélénium fait encore débat, notamment en raison des différentes méthodes analytiques disponibles.
Les méthodes traditionnelles de dosage
Depuis plus de vingt ans, le sélénium est généralement évalué par plusieurs approches analytiques :
- méthodes par ionisation (par spectro de masse ou ICP MS),
- colorimétrie,
- chromatographie liquide (HPLC).
La méthode la plus largement utilisée a longtemps été l’analyse indirecte via la glutathion peroxydase (GSH-Px) par colorimétrie. Cette technique s’est largement diffusée car :
- le matériel était relativement accessible,
- les kits analytiques étaient peu coûteux,
- elle permettait une estimation du statut en sélénium.
Dans ce cas, les résultats sont généralement exprimés en unités par gramme d’hémoglobine, alors que le dosage direct du sélénium est exprimé en µg/L de sang.
La glutathion peroxydase : un indicateur indirect
La glutathion peroxydase est une enzyme séléno-dépendante stockée dans les érythrocytes (globules rouges).
Son dosage donne donc :
- une indication claire de la quantité d’enzyme présente,
- une estimation indirecte du statut en sélénium dans l’organisme.
Cependant, en raison de son stockage dans les érythrocytes, cette enzyme présente une forte inertie biologique. Elle peut mettre de deux à trois mois avant de refléter une situation d’excès ou de carence.
Ainsi, le dosage par GSH-Px fournit plutôt une image du statut en sélénium sur les 8 à 12 semaines précédant l’analyse.
Cette méthode est restée longtemps la référence, notamment à une époque où les spectromètres de masse étaient rares et coûteux dans les laboratoires d’analyses.
Mais cette inertie peut entraîner un biais : une carence récente peut ne pas être détectée car l’enzyme stockée dans les érythrocytes reste encore élevée.
L’apport de la spectrométrie de masse (ICP-MS)
Le dosage du sélénium par spectrométrie de masse ICP-MS permet une approche différente.
Cette technique mesure directement la concentration de sélénium dans le sang, fournissant ainsi une valeur immédiate correspondant au moment du prélèvement (temps T0).
Pour la plupart des auteurs et spécialistes de l’analyse minérale :
- les résultats obtenus par ICP-MS sont plus précis,
- ils reflètent la situation réelle au moment du prélèvement.
Il est donc important de comprendre que les deux analyses ne répondent pas à la même question biologique :
L’intérêt clinique pour le vétérinaire
Dans la pratique, le vétérinaire peut intervenir dans un élevage où les signes cliniques suggèrent une carence en sélénium.
Si cette carence est récente (moins d’un à deux mois) :
- le dosage GSH-Px peut apparaître normal ou à la limite basse,
- alors que le dosage ICP-MS révélera une carence réelle si la matrice (nature du prélèvement) est du sang.
La spectrométrie de masse permet donc une évaluation plus fiable du statut actuel de l’animal.
L’analyse sur d’autres matrices
L’ICP-MS permet également d’analyser d’autres matrices biologiques ou environnementales.
Par exemple :
- le poil, qui permet d’obtenir une information sur les 6 à 8 semaines précédant le prélèvement,
- les fourrages, afin d’évaluer leur richesse en oligo-éléments avant ou au moment de la coupe,
- les compléments alimentaires,
- les eaux d’abreuvement.
Ces analyses permettent d’obtenir une vision globale de l’exposition aux oligo-éléments dans l’environnement de l’élevage.
Le positionnement du laboratoire Iodolab
Au laboratoire Iodolab, il est envisagé de maintenir le dosage de la glutathion peroxydase par chromatographie liquide (HPLC).
En effet, au-delà de l’évaluation du statut en sélénium, cette enzyme constitue également un indicateur pertinent du stress oxydatif chez l’animal.
Conclusion
Le choix de la méthode de dosage dépend donc de la question posée :
- ICP-MS : évaluation précise du statut en sélénium au moment du prélèvement , si la matrice est du sang,
- ICP-MS : évaluation du statut en sélénium dans les 8 semaines qui précèdent l’examen clinique , si la matrice est du poil,
- GSH-Px : vision rétrospective de l’équilibre oxydatif et des apports en sélénium sur plusieurs semaines.
Ces approches sont donc complémentaires dans l’évaluation de la santé et de la nutrition des animaux d’élevage.


